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novembre 14, 2018
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novembre 12, 2018
Je me souviens très bien du jour où j’ai décidé d’aller aux JMJ de Cologne, en Allemagne, en 2005. Le pape Jean-Paul II est décédé quelques jours avant et je me sentais triste et confuse.
J’ai pensé aux fois où je l’ai vu à la télé, célébrer les messes de clôture des JMJ de Paris et de Rome avec ma grand-mère et ma mère. « Plus tard tu iras là-bas », m’a dit ma grand-mère.
J’ai cherché quand aurait lieu les prochaines JMJ, et à ma surprise, il ne restait que quelques mois. Je savais que je voulais y aller, mais j’attendais la confirmation de ma bourse pour aller étudier aux Etats-Unis. Quand ma mère est arrivée à la maison, je lui ai dit que je voulais me porter volontaire pour les JMJ, pour pouvoir pratiquer mon français et mon italien. Elle a répondu : « Eh bien, nous allons trouver des billets bon marché pour que tu rencontres le nouveau Pape. »
La nuit après la messe de clôture, je l’ai appelé pour lui raconter tout ce qui s’était passé. Nous nous sommes dit au revoir avant que je prenne mon vol retour le lendemain matin et elle m’a dit : « il faut que tu économises pour Sydney. »
A chaque fois qu’il restait un an avant les JMJ, elle me demandait si j’allais candidater comme volontaire. Nous prions le chapeler quand j’ai envoyé le formulaire, quand j’ai reçu la réponse et quand je suis partie à l’aéroport. Quand je me sentais triste ou préoccupée, elle me disait : « confiance ».
Quand je suis revenue des JMJ de Madrid en 2011, elle m’a enlacée à l’aéroport de Tucson, en Arizona. Elle était contente que je sois rentrée, mais elle se sentait un peu mal. Les semaines ont passé et sa « grippe » ne la quittait pas. Elle m’a appelé un jour pour me dire qu’ils faisaient des tests, mais que je ne devais pas m’inquiéter. Trois semaines après, ils ont donné les résultats. Ils l’ont diagnostiquée avec un type de cancer du sang, appelé la maladie de Waldenström. Je suis rentrée des Etats-Unis au Mexique pour être avec elle. Chaque fois que je me sentais accablée de la voir souffrir autant et de ne rien pouvoir faire, elle me disait : « confiance ».
Quelques semaines avant de partir pour Rio, ils lui ont donné la rémission. J’ai pleuré la première nuit au Brésil parce que je sentais que je l’avais abandonnée. J’ai prié le chapelet tous les jours avec un groupe de volontaires qui est devenu un groupe d’amis très proches. La paroisse de Larangeiras où je restais a inclus ma mère dans ses intentions de prières quotidiennes. Je suis rentrée chez moi en sachant que j’avais plusieurs décisions à faire à propos de mon futur. Ça a été un peu difficile, mais je savais que Dieu voulait que je fasse quelque chose de plus. Qu’Il voulait que j’utilise ma tristesse et ma douleur pour le servir. En janvier 2014, j’ai découvert ce que c’était.
Ma mère a eu une rechute assez forte. Personne n’a expliqué pourquoi le cancer était revenu ou pourquoi elle se sentait aussi mal après s’être sentie aussi bien les derniers mois. Chaque traitement était plus compliqué et plus douloureux. Mais même quand elle ressentait une douleur inimaginable, elle seule disait : « Mon Dieu, je t’aime. » Elle est décédée en aout de cette année. Quand je suis arrivée dans ma paroisse avec ses cendres, ils m’ont demandé si je voulais lire le psaume. Je ne pouvais ni répondre ni parler, mais finalement, j’ai répondu oui. Quand j’ai dû lire, j’ai commencé le Psaume 23, « le Seigneur est mon berger… »
Ma mère m’a tellement donné pendant son séjour sur terre ici-bas, mais je crois que son témoignage et sa foi font la plus grande différence entre ma vie et la vie des autres. Elle m’a montré que la souffrance pouvait être un don, une manière de renforcer notre foi et confiance en Dieu. C’est pour cela que j’irai aux JMJ de Panama en 2019. Elle m’a pris qu’un sourire peut être le plus beau cadeau qu’on peut offrir à quelqu’un. C’est si facile d’être négatif. Mais utiliser sa fatigue pour la convertir en de la joie peut transformer la journée de quelqu’un d’autre.
María Suarez, Mexique